En France, l’usage du tutoiement et du vouvoiement a beaucoup évolué ces 20 dernières années. Autrefois, letu était réservé à la famille et aux amis intimes. L’expression « être à tu et à toi avec quelqu’un », qui signifie être intime, montre bien à quel point l’usage dutu était la marque même de la familiarité.
Si certaines professions ou catégories sociales (les professeurs ou les ouvriers entre eux par exemple) ont toujours préféré le tutoiement, le reste de la population utilisait levous. Employer letu indûment vous exposait aussitôt à un cinglant « On n’a pas élevé les cochons ensemble ! »
On tutoie aujourd’hui plus facilement, y compris au sein de l’entreprise. Entre collègues, le tutoiement est de règle et ne pas s’y plier vous signalera comme quelqu’un pour le moins de distant sinon d’étrange. Reste cependant qu’en France l’usage dutu ne s’apparente pas à celui des hispanophones ou des catalanophones : dans toute situation de rapport hiérarchique (responsable d’un service/employé, fournisseur/client, personne âgée/jeune, etc.) le vouvoiement continue à s’utiliser.
Cela ne signifie pas qu’il est impossible de passer autu mais ce passage, comme c’est le cas depuis toujours, est ritualisé. La personne hiérarchiquement supérieure (responsable, fournisseur, personne âgée, etc.) pourra proposer à son interlocuteur : «On peut peut-être se tutoyer, non ?» Après acceptation (on peut difficilement faire autrement !), les deux personnes passeront définitivement au tutoiement.
Il sera intéressant de revenir sur l’usage dutu et duvous dans quelques années, car si le vouvoiement n’est pas encore en voie d’extinction son champ d’application tend indiscutablement à diminuer.
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